RETOUR / ACTUALITÉ

Adieu Philippe Bouvard

publié le : 24/08/2026
Twitter Facebook Google+ Linkedin Email

Philippe Bouvard tire sa révérence

La semaine démarre mal. En ce lundi 24 août 2026, Philippe Bouvard s'est éteint à l'âge de 96 ans. Un hasard du calendrier veut qu'il nous quitte le jour même où débute traditionnellement la rentrée médiatique. Un dernier clin d'œil, presque symbolique, pour celui qui aura consacré sa vie à la radio, à la télévision et à la presse.

Un monument de l'humour et de la langue française

Pendant plus de soixante ans, Philippe Bouvard aura marqué plusieurs générations par son esprit, son goût du mot juste et son impertinence. Créateur et animateur emblématique des Grosses Têtes, il laisse derrière lui une empreinte indélébile dans le paysage audiovisuel français.

Philippe était aussi un découvreur de talents. N'oublions pas que c'est grâce à lui que Chevallier & Laspalès ou encore Les Inconnus ont pu bénéficier d'une exposition exceptionnelle auprès du grand public. Bien avant eux, Thierry Le Luron faisait déjà le bonheur des auditeurs en l'imitant avec un talent incroyable.

Philippe était souvent féroce dans ses critiques. Après le premier Olympia de Johnny Hallyday, il avait signé un article resté célèbre, comparant le jeune chanteur à un « jeune géant chlorophyllé », entouré de fans poussant « des gloussements bizarres ». Nul doute qu'aujourd'hui, là où ils sont, Johnny ne lui en tiendra plus rigueur... et qu'ils en riront ensemble.

Une rencontre qui m’a marqué

J'ai eu la chance de rencontrer Philippe Bouvard à plusieurs reprises, et notamment de l'imiter devant lui alors que je n'avais qu'une vingtaine d'années. J'étais loin d'imaginer qu'une vingtaine d'années plus tard, je monterais sur la scène du Théâtre des Deux Ânes, temple de la satire.

Face à un panel de lecteurs de Nice-Matin, où j'effectuais un stage, j'avais osé lui poser une question en lançant : « Question de Madame Bellepaire de Loches ! », avant d'esquisser son célèbre gloussement. Avec son rire inimitable, il m'avait répondu : « C'est vrai que je tressaute dans mon fauteuil ! »

Image title


Évidemment, Philippe restera à jamais associé aux Grosses Têtes, rue Bayard, sur RTL, où j'ai eu la chance d'assister à plusieurs émissions. Autour de lui gravitaient notamment Carlos, Jean Amadou, Pierre Bellemare, Jean-Pierre Coffe, Jean-Claude Brialy... Aujourd'hui, la plupart de ces grandes voix se sont éteintes. J'aime imaginer qu'elles lui réservent désormais un accueil chaleureux.

Je me souviens aussi de sa dernière saison à la présentation, en 2014. Je l'écoutais encore en voiture, juste avant que Laurent Ruquier ne prenne la relève.

J'aimais ses bons mots, sa verve, sa gouaille, son incroyable sens de la répartie.

Avec le départ de Philippe, c'est encore un peu de cette « France d'avant » qui s'en va, après Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Jean d'Ormesson, Jacques Chirac et tant d'autres.

Plus tard, j'ai également eu la chance d'être convié chez lui, dans sa villa sur les hauteurs de Cannes, pour partager un thé avec Emma Gattuso.

Philippe avait toujours été bienveillant à notre égard et nous correspondions régulièrement par courriel. Parmi les souvenirs que je conserverai précieusement, je garderai ces quelques lignes qu’il m’avait adressées: « J'ai regardé d'abord par curiosité, ensuite avec plaisir, enfin avec ravissement vos imitations dont la mienne. C'est très réussi... Partagez avec Emma mon souvenir affectueux et désormais admiratif. »

Ces quelques lignes valent pour moi tous les trophées.

Un héritage qui perdure

Philippe était né en 1929, comme ma grand-mère. Sans doute est-ce aussi pour cela que j'ai toujours éprouvé pour lui une affection particulière. J’ai toujours eu l’impression qu’il faisait partie de la famille, d’une certaine manière. Une famille de chansonniers et de satiristes.

Aujourd'hui, en montant sur la scène du Théâtre des Deux Ânes, chez son ami Jacques Mailhot, je mesure avec humilité combien, avec Les ImitaTueurs, nous nous inscrivons dans cette tradition des chansonniers et de la satire qu'il a tant contribué à faire vivre auprès du grand public. 

Clin d'œil de l'histoire : quelques heures après Philippe Bouvard, c'est Noël Godin, le célèbre « entarteur », qui s'est lui aussi éteint. Une coïncidence qui rappelle d'autres disparitions liées par le calendrier, comme celles d'Édith Piaf et de Jean Cocteau en 1963, ou de Johnny Hallyday et de Jean d'Ormesson en 2017. Ironie du sort : l'un entartait les figures publiques avec de la crème, l'autre les titillait avec l'esprit, la satire et le goût du bon mot... sans jamais leur ébarbouiller la figure. Deux irrévérencieux, chacun dans son registre. Savoir égratigner sans humilier... c'est tout, sauf de la tarte.

Philippe Bouvard, natif de Coulommiers. On ne va pas en faire un fromage, simplement un hommage.

Merci, Philippe Bouvard. Merci pour votre esprit, votre liberté de ton, votre élégance... et merci d'avoir inspiré tant de générations d'humoristes, de journalistes et d'imitateurs.

Vous qui ne manquiez personne, vous nous manquerez.

« Messieurs... merci, bravo... à la prochaine fois. »

THIBAUD CHOPLIN DANS VOTRE VILLE ! C’EST PAR ICI !
Qui m'aime me suive !

Copyright 2026 Thibaud Choplin - Spectacle d'Imitations en live, duo ou solo. Toute reproduction est interdite